I
La bataille de Millau...
Publié le 31 mars 2016 par Christian Durand
La tramontane balayait de son souffle glacé toute la steppe entre La Couvertoirade et Millau. Et pourtant, à l'heure où blanchit la campagne, ils étaient tous là, les obscurs, les sans-grade, la jeune garde et les vétérans du Larzac, bien décidés à libérer Bové le Magnifique des griffes de la d'Jap ! (juge d'application des peines).
Le tribunal est benoîtement niché entre la rue de la Liberté et la Croix Rouge. Tous les commerces sont ouverts mais la rue est barrée par d'importantes forces de police, soit une dizaine de policiers municipaux. En face, trois cent justes, hommes, femmes, enfants et quelques chiens, qui déambulent paisiblement. Pour le moment. Un passant inquiet demande « qu'es aco ? » - On soutient Bové ! - Beauvais ? Mais ils sont même pas en seconde division ! » (authentique).
Nous allons donner l'assaut au Tribunal !
Miladiou !
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Trois cents mais pas deux pareils sous les bonnets et les polaires de rigueur. Les faucheurs volontaires et les anti-ogm forment le gros du bataillon. Quelques bergers et leurs bergères sympathisent avec des nains de jardin à la barbe fleurie. Pas mal d'antilibéraux dont beaucoup de fauchés involontaires. Les papés et les mamés échangent leurs souvenirs des années glorieuses, quand nous étions cent mille à La Cavalerie. De grosses larmes coulent sur les visages burinés.
La bière circule, les tartines de fromage se multiplient par magie, les chataignes brulantes fument dans les cornets, le vin bio est une affreuse piquette, ça sent bon le terroir - on dirait le Sud ! Bové prend la parole. Le bon peuple frémit, on attend le signal de l'assaut. L'équipe de rugby-con de la police municipale sécurise l'entrée, à quatre ils verrouillent les trois mètres du perron, une fliquette au milieu, même gabarit. Un géant de jardin au bonnet péruvien se plante devant elle, tel Don Quichotte devant les moulins. Ca sent la poudre.
Bové goguenard évoque ses nombreuses visites et rend hommage à l'hospitalité de l'endroit où il a toujours été bien traité. On lui prête l'intention de publier un Guide du Taulard où il comparerait les qualités de tous les commissariats, salles de garde à vue, mitards, parloirs, prisons, qu'il a fréquentés à son corps défendant. Il y distribuerait les étoiles, une, deux ou trois matraques, des bracelets dorés, selon le niveau.
Ils ne m'auront pas vivant, miladiou !
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